Thomas de la Barre : « Le chrétien confortable, ça n’existe pas »
6 novembre 2026
Scout, musicien, théologien, co-fondateur d’un mouvement de chant sacré en Suisse, aujourd’hui responsable romand de l’Aide à l’Église en Détresse. À trente ans à peine, Thomas de la Barre a déjà traversé plusieurs chapitres d’une même fidélité. Et une conviction qui ne tiédit pas : nous sommes tous appelés à être témoins — et c’est ce que signifie, précisément, le mot martyr.
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De Zurich à Nyon, un étranger qui apprend à appartenir
Il est né à Zurich, dans une famille catholique pratiquante — père belge employé dans le secteur financier, mère allemande. À neuf ans, un déménagement professionnel l’amène dans la région nyonnaise. L’arrivée est difficile — « j’étais un étranger débarqué dans cette nouvelle école où tout le monde se connaissait ». Mais la foi est le socle familial : messes dominicales, petites prières d’enfant, vacances en Allemagne dans les sessions de la Communauté de l’Emmanuel. C’est lors d’une veillée d’adoration, à moins de neuf ans, qu’il ressent pour la première fois, « très fort et très émotionnellement », l’amour du Seigneur pour lui.
Scout, musicien, puis l’aventure d’Altötting
À onze ou douze ans, il demande à devenir scout. Son père, Belge — « en Belgique, tout le monde est scout » — est ravi. Il y restera des années, y deviendra chef, et y vivra cette intuition qui ne le quittera plus : chez les scouts, on apprend « le réalisme de la vie chrétienne », un lever de camp, une tente à monter, un feu à allumer sous la pluie battante, et dans tout cela Dieu présent. Parmi ses chefs, un homme compte plus que les autres : Grégoire, devenu depuis son beau-frère et son ami proche.
À seize ans, il se met à la guitare. Quinze minutes par jour, obstinément, sans formation. Puis il découvre le chant choral à travers l’Emmanuel. Après la maturité au gymnase de Nyon — qu’il obtient à dix-sept ans — il part neuf mois à Altötting, en Bavière, à l’école de mission de la Communauté de l’Emmanuel. Ils sont quinze jeunes, dix nationalités différentes. Vie commune, prière quotidienne, formation, projets missionnaires. Une année qui, dit-il aujourd’hui, l’a « cimenté dans sa vie de foi » — et qui lui a aussi fait traverser une petite nuit de la foi, « d’autant plus pesante que j’étais en train d’offrir une année entière ».
Théologie, œcuménisme, chant sacré
De retour, il choisit la théologie — « un choix qui n’allait pas de soi pour un jeune Suisse romand des années 2010-2020 ». Il savait seulement qu’il voulait servir l’Église, sans être prêtre ni religieux. Il poursuit ses études à Fribourg. Un stage au service communication du Conseil œcuménique des Églises à Genève — l’« ONU des Églises chrétiennes » — l’ouvre aux autres confessions chrétiennes. En parallèle, en 2020, avec quelques amis, il co-fonde Helvetia Cantic, « petit frère » suisse d’Ecclesia Cantic en France : des week-ends de chant liturgique ouverts aux jeunes de 18 à 35 ans. La première édition a déjà réuni cinquante participants ; depuis, l’association tourne entre Fribourg, Saint-Maurice, Neuchâtel.
Puis l’AED — « un concours de circonstances »
L’arrivée à l’Aide à l’Église en Détresse, raconte-t-il, s’est faite « presque du jour au lendemain ». Un coup de fil, un CV envoyé en urgence, une rencontre avec celui qui deviendra son directeur. L’AED, pour lui, c’est d’abord un miracle historique : fondée en 1947 par le père Werenfried van Straaten — « un roi du marketing », dit son président suisse — pour aider les prêtres allemands réfugiés de la Prusse orientale, elle est devenue en 2011 fondation pontificale. Son nouveau président international, depuis quelques mois, est le cardinal suisse Kurt Koch. Son fonctionnement est « très catholique » : les projets remontent des évêques locaux, pays par pays, du Nigéria au Liban, de la Terre Sainte à la Birmanie.
Trois régions qui l’inquiètent
À la question des régions du monde où la situation chrétienne est la plus préoccupante, Thomas répond sans hésiter : le Liban, qu’il a visité en 2025, où il a été bouleversé par la piété des chrétiens — et par un homme dont la maison était à moitié détruite, qui remerciait Dieu toutes les deux phrases : « hamdoullah, grâce à Dieu. » La Terre Sainte, où il a aussi voyagé : « nous sommes redevables de la foi des chrétiens de Terre Sainte — nos ancêtres ont été convertis par leurs ancêtres. » Et le Burkina Faso, moins médiatisé que le Nigéria mais tout aussi éprouvé. Il cite ce prêtre burkinabé qui, commentant l’Exode où Moïse voit Israël vaincre tant qu’il garde les bras levés, lui disait : « Aujourd’hui, chez nous, on n’est plus libre de lever les bras. Nous avons besoin que vous veniez tenir nos bras. »
Informer, prier, agir
À un auditeur bouleversé mais qui se croirait impuissant, Thomas oppose les trois piliers de l’AED : informer — « si on ne sait pas, on ne peut rien faire » ; prier — « la prière, c’est se mettre dans le regard de Dieu, et regarder le monde comme Il le regarde » ; agir — ce qui, dit-il, « n’est pas de la solidarité, c’est de la communion ». Car au-delà de la cause, c’est un rapport à la foi qu’il veut transmettre. « Le chrétien confortable, ça n’existe pas. On est tous appelés à être martyr — pas tous à mourir pour notre foi, mais tous à être témoins. » Martyr vient précisément du grec martus : témoin.
Dans le manteau de la Vierge
À la question du café avec Jésus — « qu’aimeriez-vous qu’Il vous dise ? » — il sourit : « C’est Lui qui paye. » Et plus sérieusement : « Me connaissant, je pense que j’aurais du mal à dire beaucoup de choses. Je serais vraiment bouche bée à l’écouter me dire plein de choses que je n’ai probablement pas vues venir. » Il ajoute : « Plus que chercher des réponses, j’ai besoin de trouver les bonnes questions. »
Quant à Marie : en 2018, un pèlerinage à Fatima avec les scouts adultes. Il s’est consacré au Cœur Immaculé. « Notre-Dame de Fatima a une place dans mon cœur qui est un peu indescriptible. C’est un lieu de consolation, un lieu de refuge. » Et cette expression que sa mère lui disait, enfant : « On est à l’abri du manteau de la Vierge. »
Pour aller plus loin
- Soutenir l’AED Suisse : aed-suisse.ch
- Rejoindre un week-end Helvetia Cantic (18-35 ans) : prochaines éditions annoncées sur leurs réseaux
- Rapport sur la liberté religieuse dans le monde — édition en cours, consultable sur le site de l’AED