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Sœur Bibiane Cattin : « La mission continue ici, comme elle l’a été là-bas »

16 octobre 2026

Des pâturages des Franches-Montagnes aux rues de Bukavu, en passant par Conakry et Goma : Sœur Bibiane Cattin, missionnaire de Notre-Dame d’Afrique, a traversé un siècle d’Église et plus d’un demi-siècle de terrain africain. Dans le cadre du Mois missionnaire mondial, elle a confié à Radio Maria Suisse Romande une parole dépouillée, pudique, portée par une foi qui ne tiédit pas.

https://soundcloud.com/radiomariasr/soeur-bibiane-cattin-la

Orpheline à douze ans

Elle est née aux Bois, dans un hameau des Franches-Montagnes. Son père, paysan devenu commerçant de vin pour une firme bernoise, parcourait les routes en vélo. Elle en garde une image lumineuse : « Quand on le voyait pointer à l’horizon, on courait à sa rencontre. Il nous mettait les uns sur le guidon, l’autre sur la barre, l’autre sur le porte-bagages, et on rentrait comme ça à la maison. » Elle avait huit ans quand il est mort. Quatre ans plus tard, c’est sa mère qui est partie. Orpheline à douze ans, Bibiane est accueillie par un oncle paternel. Et c’est au tabernacle de l’église de son village qu’elle trouve son plus fidèle confident : « Je courais pendant la récréation. Je lui disais tout. Et je repartais consolée. »

Partir seule en Guinée

Dans les années soixante, une rencontre fortuite avec un évêque missionnaire de passage change le cours de sa vie. Elle est alors employée de bureau. Elle lui demande simplement s’il n’aurait pas besoin d’une secrétaire en Afrique. Elle part seule, laïque, pour Conakry — Guinée. Sa famille désapprouve : sa grande sœur lui lance « c’est de la folie, en tout cas tu ne reviens pas chez moi ». Elle part quand même, trois ans. C’est là, à travers les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique — les Sœurs Blanches — qu’elle entend l’appel à la vie religieuse. À Fribourg, après avoir visité une autre congrégation et son imprimerie, elle choisit sa famille spirituelle : « On est descendu à la cuisine, on a bu un thé. Tout allait bien. J’ai dit : c’est ici. »

Plusieurs vies au Congo

La République démocratique du Congo sera sa terre pour la plus grande partie de sa vie religieuse. D’abord un foyer pour jeunes filles qui n’ont jamais été à l’école : lire, écrire, coudre, cuisiner. Elle se souvient de l’une d’elles, à qui elle apprend à confectionner des brassières, culottes et bonnets de bébé. « On a fait quinze fois le même travail, jusqu’à ce qu’elle y arrive seule. Elle a pu les vendre à une maternité. » Elle part se former en Belgique, puis à Goma dans un centre pour personnes en situation de handicap — « rejetées par la société, un peu négligées » — où elle s’attache à la réinsertion familiale et à l’apprentissage de petits métiers. Puis la guerre, l’épuisement, et trois années d’études à Montréal, à l’Institut de Formation Humaine Intégrale, pour apprendre à accompagner les personnes traumatisées.

Bukavu : accueillir les femmes violées

Les dix dernières années de sa mission se passent à Bukavu, au Centre Olame, dans un service créé pour les femmes victimes de viols. « Vingt ou trente femmes par jour. Mon travail, c’était de les accueillir, de les écouter, de les remettre debout, le plus possible. » Deux noms reviennent avec émotion : celui de Marie des Anges Kavira, l’infirmière du service, et celui de Marie-Noëlle Cikuru, l’assistante sociale avec qui elle a formé un duo. Une nuit, après avoir reçu dix femmes ayant subi le même scénario de violence, elle se retrouve elle-même traumatisée, incapable de dormir. Elle se lève, écrit tout à l’ordinateur. « Je dis : le monde doit savoir ça. » C’est le germe de son livre, « Pour que la Vie l’emporte ! » — mille exemplaires vendus à ce jour, et une trentaine de femmes qui, après l’avoir lu, sont venues la trouver.

La mission ici, aujourd’hui

Rentrée en Suisse en 2010, elle vit aujourd’hui à Fribourg, dans la quatre-vingt-sixième année de son âge. Elle refuse pourtant le mot de « retour » : « La mission continue ici, comme elle l’a été là-bas. Le pape François dit : vous êtes mission. » Visiteuse pastorale dans un home de l’État, animatrice d’un groupe « Évangile à la Maison », elle garde un lien quotidien par WhatsApp avec les sœurs restées à Bukavu, où la guerre du M23 continue. Elle fabrique des cartes avec du fil, qu’elle vend au profit de ses communautés de Goma et Bukavu. Un geste minuscule au regard de la détresse — mais, cite-t-elle en reprenant le pape Léon XIV, « une transformation silencieuse qui remplit de sens chaque geste humain ».

« Son regard me suffira »

À la question du café avec Jésus, Sœur Bibiane ne se dérobe pas, mais elle ne commande rien. « Je me jetterais dans ses bras. Je n’aurais rien à dire. Je le regarderais les yeux dans les yeux. » Et Lui ? « Son regard me suffira. » Toute sa théologie est là : silencieuse, dépouillée, confiante. Comme sa fondatrice, Mère Marie Salomé, le lui écrivait :

« Que toute votre vie soit une proclamation silencieuse de l’amour de Dieu. »

 

Pour aller plus loin

  • Le livre de Sœur Bibiane, « Pour que la Vie l’emporte ! », est disponible auprès d’elle au prix de 25 CHF. Les auditeurs intéressés peuvent prendre contact avec la rédaction.
  • Les cartes faites à la main, vendues 5 CHF, financent des projets d’aide alimentaire et sanitaire pour les communautés missionnaires de Goma et Bukavu.
  • Pour toute demande : communication@radiomaria-sr.ch

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