Sœur Josette Pannatier : « J’ai trouvé un pays qui n’était pas le mien, et qui l’est devenu »

23 octobre 2026

Partie en 1972 pour Madagascar, elle y est restée trente-six ans. De son village valaisan aux pistes rouges du canal du Mozambique, Sœur Josette Pannatier, des Sœurs de Saint-Maurice, raconte un parcours missionnaire tissé d’ennui et d’amour, de couture, de lèpre et de riz quotidien. Et un retour en Suisse qu’elle qualifie elle-même de « la période la plus dure » de sa vie.

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Un hôpital, une sœur, et un départ

Elle est née à Mase, un village de la vallée de la Dixence, en Valais, dans une famille de huit enfants. Son père, fromager d’alpage l’été, employé en laiterie l’hiver, trouve finalement un poste à la Laiterie de la Vallée. Elle, l’aînée, part très tôt travailler — Ovronnaz, Chandolin, l’Hôtel Bellevue à Sierre — pour aider ses parents. C’est là, à vingt ans, qu’une appendicite qui tourne presque à la péritonite la conduit à la Clinique Générale de Sion, propriété alors des Sœurs de Saint-Maurice. Dix jours d’hospitalisation. Une sœur, à peine plus âgée qu’elle, lui pose la question qui change tout : « Et vous, qu’est-ce que vous voulez faire ? » Entrée au noviciat, elle demande aussitôt s’il y a des missions. « À Madagascar », lui répond-on. Neuf ans plus tard, en septembre 1972, elle embarque.

Trente-six ans en brousse

Elle choisit le poste le plus perdu — à quinze kilomètres de la mission principale, sur la côte ouest, le long du canal du Mozambique. Elle apprend le malgache à l’oreille, comme elle avait appris l’allemand quelques années plus tôt. L’après-midi, dès que la chaleur tombe, elle part à pied dans les villages, salue, s’assied par terre, boit ce qu’on lui offre, parle de ce qu’elle peut. « Si on sautait une semaine, les gens n’étaient pas contents. Ces visites, c’était du bonheur. » Elle fait de la couture, de la broderie. Elle accompagne la sœur infirmière dans ses tournées de dépistage de la lèpre. Et puis, en 1979, l’évêque malgache leur demande d’accueillir les premières vocations locales. « C’est le grand cadeau de ma vie. Nous ne pensions pas en faire. Nous étions parties pour évangéliser. »

Être, pas annoncer

Dans cette terre où les chrétiens ne représentent alors que trois pour cent de la population, elle ne prêche pas. Elle est là. « Je devais être une présence de Dieu par ce que je suis, pas par ce que je dis. » Elle devient économe de l’ensemble de la congrégation, achète en 1982 une maison à Antananarivo pour permettre aux jeunes sœurs malgaches de se former. À trente-cinq ans, une hystérectomie — opérée en urgence après un ultime refus de rentrer. Vingt ans plus tard, un cancer. Entre les deux, trente-six années pleines, les retours en Suisse tous les trois ans et demi vécus comme « des arrachements terribles ».

Le retour, l’épreuve

C’est en novembre 2008 qu’on la rappelle. Elle est à son bureau le 10 décembre. « Je n’ai pas voulu remettre l’appel en question. Je suis rentrée le plus vite possible. » À soixante-cinq ans, elle se retrouve à La Pelouse de Bex, dans une communauté où elle n’a « rien à faire » — « quelques entretiens, un peu de bricolage ». Elle fera un épisode dépressif, consultera une psychologue qui l’aidera, dit-elle, à « mettre des mots sur le deuil que j’avais à faire ». Sa phrase est sans détour : « Mon retour en Suisse, c’est la période de ma vie la plus difficile. Je n’aime pas en parler, c’est trop dur. » Et plus loin, cette image : « On revient ici et on ne voit plus un sourire. On ne voit plus que des visages vieux comme le mien. »

Dix-sept ans plus tard, la paix

Elle a quatre-vingts ans passés. Elle s’occupe de la réception à La Pelouse, du petit coin d’articles malgaches, d’une partie de la cafétéria. Elle est retournée à Madagascar l’an dernier pour les septante-cinq ans de la présence SSM sur la grande île. Ce qu’elle a vu l’a bouleversée : les sœurs malgaches, nombreuses, qui portent aujourd’hui la congrégation. « C’est le grand cadeau. Elles font vraiment leur travail. La mission continue — à leur manière, et c’est heureux. » À un jeune qui l’interroge sur un départ possible, elle n’hésite pas : « Allez-y. Faites l’expérience. Apprenez un peu la langue. Ne partez pas avec votre richesse — nous n’avons rien à donner. Nous avons tout à recevoir. »

Prier Marie en trois langues

Elle prie son chapelet depuis l’enfance — c’est lui qui lui tenait compagnie dans la forêt quand elle allait porter le dîner à son père. Aujourd’hui, elle dit le Notre Père en français, en malgache et en italien. Elle fait un bisou à Marie chaque soir. Et à la question du café avec Jésus, elle répond simplement : « Je ne prends plus de café. Je prendrai un thé avec toi. Et je lui dirai merci. Merci d’être là. »

 

 


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